Schizophrènie

En thérapeutique, je suis schizophrène.

J’apprends des choses à la fac, en stage… et pour une bonne part je n’ai pas du tout envie de faire pareil toute seule.

Dans son article, Borée parle de désapprendre, après l’internat, après les rempla, avec la revue Prescrire notamment.

Moi j’ai l’impression d’apprendre et de ré-apprendre le contraire en même temps. Si on me regarde, je fais comme mon chef. Si je suis toute seule j’explique, je prends le temps, et j’évite certains médicaments. Et du coup des fois je ne sais plus…

Un exemple de prescription me semblant inutile, en stage de médecine générale.

En stage chez Superprat Numbertwo, je reçois une dame pour un examen de contrôle. Tout va bien. Elle en profite pour me parler de ses crampes dans les jambes qui la gênent la nuit, parfois, en particulier il y a deux semaines… Je la fait un peu raconter ses crampes: oui ça la réveille, oui ça passe tout seul mais c’est désagréable, non pas chaque soir mais plusieurs nuits d’affilée récemment, et quand même elle aimerait bien savoir à quoi c’est du.

Bon. Je ne connais rien au sujet des crampes, j’ai une vague idée d’avoir vu Superprat NumberOne prescrire un truc en -quine pour ça la semaine dernière, mais je sais plus quoi, je ne me suis pas encore renseignée sur ce médicament, et puis ça me semble pas catastrophique ces crampes. Je parle d’exercice physique inhabituel, de léger manque d’eau. Je me dis que ma grand-mère (qui  n’était pas du tout médecin) aurait pu lui dire la même chose.

Ah ben justement elle était pas chez elle (la patiente pas ma grand-mère), il faisait chaud, elle a bu moins que d’habitude, ça pourrait être ça, vous croyez? Oui je crois. Mais bon les crampes j’y connais rien (mais ça je le garde pour moi).

Elle n’en a pas en ce moment, je lui dis que je ne suis pas inquiète, qu’il sera temps de voir si ça revient, et je lui propose de tester mon traitement « étirements et boissons abondantes » si ça revient. Elle me dit « je voulais surtout savoir si c’était grave ». Je suis assez contente de ma gestion du truc-que-je-connais-pas-du-tout, finalement, il semble que j’ai rassuré la dame.

Fin de la consultation, j’imprime son ordonnance, le renouvellement de son traitement. Et mon Superprat, qui a assisté à toute l’entrevue, lui dit: « pour vos crampes, là, je vous mets ça ça marche bien. » Et ajoute un truc d’homéopathie que je ne connais pas plus que le médicament de la semaine dernière…

J’ai vraiment pensé avoir raté un subtil message de la patiente que seul un médecin de niveau Superprat pouvait identifier, lui signifiant que quand même elle n’était pas rassurée, avec un médicament ça irait mieux…

Heureusement Superprat Numbertwo est très ouvert à la discussion, j’ai pu lui dire franchement « Mais vous croyez pas qu’elle était d’ACCORD pour rien prendre, cette dame? » Il m’a répondu oui peut-être, mais l’homéopathie ça risque rien, contrairement au médicaments à base de quinine habituellement prescrits pour les crampes.

Faudrait-il qu’il y ait obligatoirement une ligne d’ordonnance par symptôme du patient?

Si Superprat s’appelle Superprat c’est bien parce que j’ai appris énormément de choses avec lui, que je l’ai trouvé excellent dans certaines situations, mais il garde ce « défaut » de prescrire parfois un médicament par problème.

Alors si le patient vient pour être rassuré, pourquoi prescrire?

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A propos BabydoOc

Interne en médecine générale à Miniville, se demandant où elle va, par quel chemin et dans quel état...
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5 commentaires pour Schizophrènie

  1. Marc dit :

    Juste une question :
    Dans son traitement , n’y aurait-il pas une statine ? car les crampes sont un effet secondaire très fréquent et souvent passé sous silence par les patients car s’installant progressivement.

  2. Docteur Hyde dit :

    Pour se rassurer ! 😀

  3. Docmam dit :

    Oui c’est vrai qu’au début on se sent rassuré avec un médicament par plainte… parce qu’on nous apprend pas à répondre autrement qu’avec un médicament.
    Pas facile de désapprendre et comprendre effectivement souvent ils veulent juste « être sûr que c’est pas grave »
    Mais si tu en as conscience alors que t’as même pas fini ton internat, t’as des longueurs d’avance sur SuperPrat (à ce niveau là en tous cas)

    • BabydoOc dit :

      … ça tombe bien vu que je connais pas beaucoup de médicaments et de prise en charge, au moins j’ai une longueur d’avance dans un truc 🙂
      Le soucis c’est que ça me gène tellement d’être dans une réponse médicamenteuse systématique que ça m’a souvent donné envie (entre autres raisons) d’arrêter médecine, je me dis je ne suis peut être pas la seule, c’est dommage de partir pour ça.

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