La pénurie

La réaction des médecins installés que j’ai rencontrés face au manque de confrères à venir est pratiquement toujours la même : « il faut que tout le monde y mette du sien, que tout le monde reprenne un peu de chaque patientèle quand un médecin part à la retraite ».

En fait, on est dans un principe individualiste, chacun prend sa part, de toutes façons, on a signé, c’est pour en chier, comme nous le hurlaient les redoublants de P1.

Sauf que certains médecins qui partent font un nombre de consultations tel qu’il en faudrait deux comme moi pour tenir le rythme, et que 2/3 des MG de Miniville seront à la retraite en 2016.

Donc les patients ne seront pas tous « repris ». Certains viennent déjà taper à la porte de tous les cabinets de la ville avec leur dossier sous le bras, à la recherche d’un médecin traitant. Au médecin de voir s’il les reçoit ou pas, s’il assure juste une consultation ou s’il accepte d’être leur médecin traitant.

Déjà j’ai pu constater des « choix » à la marge. Un médecin proche de la retraite qui ne prend que des patients « faciles », comprendre qui ne demandent pas un énorme suivi, parce qu’il ne veut pas s’embêter à reprendre tout un dossier en sachant qu’il ne fera qu’un an ou deux de suivi. Il évite aussi de prendre les patients « heart sink », parcequ’il trouve qu’il en a déjà assez. Bouh ! C’est pas beau, faut pas faire ça, hein. Mais c’est comme ça. Et c’est quelqu’un que je trouve très bien, c’est même un peu SuperPrat.

Et que ferais à sa place, moi qui me pose déjà la question de prendre des patients ou pas alors que j’ai toute ma carrière devant moi ?

Du côté des patients, c’est bien décrit , c’est plutôt « c’est trop injuste, les médecins ne veulent pas venir chez nous ! ». Qu’on se le dise, moi la Côte d’Azur, j’aime pas. J’ai rien contre le soleil, la mer, les jupes en hiver tout ça tout ça, mais faudrait me payer pour aller vivre là bas, encore plus loin de ma famille et mes amis que je ne le suis à Miniville. Et puis si ya pas de neige l’hiver je déprime.

Donc je n’ai rien contre une installation à Trouperdu-lès-Miniville, géographiquement parlant. Mais si je suis la seule médecin à cent lieux, ben ça me fait réfléchir…

Alors proposer, comme on commence à l’entendre à l’approche des présidentielle, « votez pour moi, j’obligerai ces nantis fainéant de médecins à s’installer dans VOTRE rue de VOTRE trou perdu », c’est un mensonge, populiste. On ne veut pas tous aller sur la Côte d’Azur, on est juste pas assez de médecin pour que tout le monde vienne nous voir aussi souvent que maintenant, avec la même facilité d’accès.

Les médecins qui ont du faire une étude de marché pour s’installer tellement il y avait de concurrence, ils étaient dispo en urgence pour la douleur d’orteil et le rhume J-1. Nous on ne le sera plus. Plein de bonne volonté pour « éduquer » les patients à gérer les petits soucis tous seuls…

Jusqu’à ce que la nouvelle génération arrive plus nombreuse et qu’on réapprenne aux patients à consulter au moindre pet de travers ?

Publicités

A propos BabydoOc

Interne en médecine générale à Miniville, se demandant où elle va, par quel chemin et dans quel état...
Cet article, publié dans Et après?, Grrrrr, La médecine et moi, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s