Vivement samedi

Voilà, c’est de saison, le weekend et Noël approchent, je vais pas parler de médecine… En cette période ou des génération d’ancêtres alsaciennes se réveillent à travers moi pour transformer ma cuisine en usine à bredele*, j’avais envie de faire un passage “blog culinaire” même si d’autres le font mieux que moi. Ayant perdu mon livre de recettes, je suis allée me promener sur internet…

Donc voici mes deux bredele phares de Noël 2011, après délibération d’un jury composé essentiellement de Monours et moi-même, plus quelques amis de passage, tellement bons que je n’ai rien changé aux recettes: les biscuits vanille-pavot d’une Perruche en cuisine, pas très alsaciens car sans cannelle sans amande et sans zeste de citron, mais ça n’enlève rien au fait qu’ils sont excellents, et les boules chocolat-cannelle de Madame Simone M. d’Oberhausbergen (avec un village pareil, on est sûr que c’est une alsacienne!), sur le site de mes rêves en cette période de gourmandise, alsannuaire.fr.

Voilà. Bon Noël à tout ceux qui passeront par ici…

* nom alsaciens des biscuits de Noël, et même weihnachtbredele pour être complet

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Juste deux taches

Un post qui n’a pas l’air trop dans l’esprit de Noël comme ça… la fête les cadeaux les bisous… et pourtant peut être que si, mon esprit de Noël à moi en tout cas…

Je n’ai jamais eu beaucoup d’amis en médecine. Ça date de la P1. Trop de travail, trop de compétition. Envie de parler d’autre chose, de voir d’autres gens, des gens qui ne comprennent pas mes cours et qui s’en fichent, qui veulent parler livres, ciné, musique…

Et puis je suis devenue interne et je suis partie. Loin.

A l’internat les internes sont logés tous ensemble. Les chambres et appartements des internes sont tous les uns au dessus des autres dans le même bâtiment, la porte d’en face, le palier d’au dessus : que des internes. Deux portes à passer pour ne pas passer sa soirée seul. On vient de partout on se retrouve dans cette ville, on est dans la même galère, on est là depuis quelques semaine, on est copains de fait.

Un soir normal à l’internat.  On va chercher les collègues pour manger, on jette un œil au menu de l’internat qui définitivement ne nous inspire, pas, on opte pour une virée au MacDo. On discute, on débriefe de notre journée nos patients nos gardes. Soirée sympa.

De retour chez moi, je vois un appel manqué sur mon portable, resté en charge sur mon bureau. Sur le répondeur un simple message de mon père « J’appelais juste pour te donner des nouvelles ». C’est assez bizarre pour être relever. C’est pas son style. Malgré l’heure tardive, je décide de le rappeler tout de suite.

Et mon père me dit que ma mère vient de filer à l’hôpital pour faire de nouveaux examens parce qu’elle a « une tache à la radio d’os et une à la radio de poumons ». Mon père a vu la radio « ça fait vraiment une tache très blanche sur l’os, bien ronde, bien nette, tu vois, beaucoup plus blanche que l’os autour, tu vois ? » Oui, je vois. Trop bien même.

Je suis toute seule dans une ville nouvelle, avec des copains que je ne connais que depuis les quelques semaines du début de mon internat. Monours est loin. Il est tard, il doit dormir. Je suis toute jeune interne, je ne suis pas très forte en médecine, les taches sur les radio, ça n’a rien à voir avec mon stage…

Deux taches putain ! Une tache OK mais deux ? Je n’ai pas d’autre idée. Je ne sais pas. Je ne veux pas savoir. Je sais que les étudiants en médecine sont hypocondriaques, qu’on voit tout en pire. Je n’ai qu’une idée en tête et un monsieur inquiet au téléphone. « Alors Papa on disait que j’avais rien entendu, hein ! Moi j’ai passé une soirée sympa au MacDo, bisou, bonne nuit, on se voit le weekend prochain. »

Voilà. J’en suis sûre. Ma mère a un cancer. Je sais pas d’où, mais deux localisations, je n’ai pas d’autre idée. A l’hôpital ils sont inquiets, mais personne n’a dit le mot. C’est trop tôt. Il faut d’autres examens. Biopsie. Confirmation anatomopathologique. Bilan d’extension. Tout ça.

Sauf que moi j’ai mon Papa au téléphone, tout seul chez lui avec sa femme à l’hôpital, et j’ai compris. Ou je crois avoir compris. Ou j’aimerais avoir mal compris.

Alors je fais ce que je sais faire, ce que je peux faire sans dire la peur qui m’envahit progressivement : j’écoute. J’écoute ses peurs à lui, je dis il faut des examens en plus, ça sert à rien de se faire des plans comme ça dans sa tête, attendons d’en savoir plus… Oui c’est peut-être une mauvaise nouvelle mais on ne sait pas attendons.

Qui est-ce que je cherche à convaincre, mon père ou moi ? Les deux, surement.

Je finis par raccrocher. Je vais toquer à l’étage au dessus, voir si quelqu’un est encore réveillé. Je trouve quelqu’un à qui parler. De la certitude qui m’envahit, des autres possibilités, des apports des différents examens. Quelqu’un à qui parler avec mes mots, sans expliquer les termes médicaux, quelqu’un a qui je peux dire j’ai deviné putain de merde, juste deux taches et j’ai conclut que c’était finit. Quelqu’un à qui demander s’il a une autre idée, s’il te plait juste une option bénigne qui te viendrait à l’esprit, dit la moi, je t’en prie.

Quelqu’un qui comprend que je sois angoissée avec si peu de choses. Le lendemain mon entourage me dira « Pour l’instant c’est juste des taches, ils ont dit qu’on  ne savait pas à l’hôpital, attendons  d’avoir plus de résultats». Les même mots que j’ai utilisé pour mon père. Sauf que je l’ai dit pour cacher ma peur loin de la conversation. Sauf que ma peur est une certitude. Et que c’est bon de sentir que je ne suis pas folle d’avoir si peur.

Ce soir-là j’ai vraiment regretté de savoir. J’ai regretté d’être médecin. Mais j’ai aussi ressenti le besoin d’être avec mes pairs.

Ce soir-là je me suis fais un ami médecin, je ne sais pas ce que j’aurais fait sans, et je l’ai gardé.

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Vivement vendredi (2)

C’est presque vendredi, envie de parler d’autre chose. Quelques photos d’une visite souterraine qui m’a marquée, celle du métro de Stockholm, dont chaque station est décorée différemment. Extraits ici.

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La pénurie

La réaction des médecins installés que j’ai rencontrés face au manque de confrères à venir est pratiquement toujours la même : « il faut que tout le monde y mette du sien, que tout le monde reprenne un peu de chaque patientèle quand un médecin part à la retraite ».

En fait, on est dans un principe individualiste, chacun prend sa part, de toutes façons, on a signé, c’est pour en chier, comme nous le hurlaient les redoublants de P1.

Sauf que certains médecins qui partent font un nombre de consultations tel qu’il en faudrait deux comme moi pour tenir le rythme, et que 2/3 des MG de Miniville seront à la retraite en 2016.

Donc les patients ne seront pas tous « repris ». Certains viennent déjà taper à la porte de tous les cabinets de la ville avec leur dossier sous le bras, à la recherche d’un médecin traitant. Au médecin de voir s’il les reçoit ou pas, s’il assure juste une consultation ou s’il accepte d’être leur médecin traitant.

Déjà j’ai pu constater des « choix » à la marge. Un médecin proche de la retraite qui ne prend que des patients « faciles », comprendre qui ne demandent pas un énorme suivi, parce qu’il ne veut pas s’embêter à reprendre tout un dossier en sachant qu’il ne fera qu’un an ou deux de suivi. Il évite aussi de prendre les patients « heart sink », parcequ’il trouve qu’il en a déjà assez. Bouh ! C’est pas beau, faut pas faire ça, hein. Mais c’est comme ça. Et c’est quelqu’un que je trouve très bien, c’est même un peu SuperPrat.

Et que ferais à sa place, moi qui me pose déjà la question de prendre des patients ou pas alors que j’ai toute ma carrière devant moi ?

Du côté des patients, c’est bien décrit , c’est plutôt « c’est trop injuste, les médecins ne veulent pas venir chez nous ! ». Qu’on se le dise, moi la Côte d’Azur, j’aime pas. J’ai rien contre le soleil, la mer, les jupes en hiver tout ça tout ça, mais faudrait me payer pour aller vivre là bas, encore plus loin de ma famille et mes amis que je ne le suis à Miniville. Et puis si ya pas de neige l’hiver je déprime.

Donc je n’ai rien contre une installation à Trouperdu-lès-Miniville, géographiquement parlant. Mais si je suis la seule médecin à cent lieux, ben ça me fait réfléchir…

Alors proposer, comme on commence à l’entendre à l’approche des présidentielle, « votez pour moi, j’obligerai ces nantis fainéant de médecins à s’installer dans VOTRE rue de VOTRE trou perdu », c’est un mensonge, populiste. On ne veut pas tous aller sur la Côte d’Azur, on est juste pas assez de médecin pour que tout le monde vienne nous voir aussi souvent que maintenant, avec la même facilité d’accès.

Les médecins qui ont du faire une étude de marché pour s’installer tellement il y avait de concurrence, ils étaient dispo en urgence pour la douleur d’orteil et le rhume J-1. Nous on ne le sera plus. Plein de bonne volonté pour « éduquer » les patients à gérer les petits soucis tous seuls…

Jusqu’à ce que la nouvelle génération arrive plus nombreuse et qu’on réapprenne aux patients à consulter au moindre pet de travers ?

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S’installer à Miniville ?

J’ai plein de propositions pour m’installer à Miniville ou dans les environs.

Regarde moi je te propose une collaboration avant que tu reprennes le cabinet ! Regarde moi je te paye les locaux ! Regarde moi je te paye les locaux ET je te prête une maison pendant 2 ans ! Regarde moi je fais une maison de santé pluridisciplinaire !

Le Dr Papy de Miniville attaque à 8h du matin, finit vers 22h, entre midi et deux il fait ses visites, et il y a toujours une place pour rajouter une consultation pour un patient qui appelle dans la journée… Le remplaçant du Dr Papy se sent un peu coincé quand il refuse des consultations le jour-même parce que le planning est blindé à des patients qui ont l’habitude qu’il y ait toujours une petite place en plus…

Le Dr Papy part à la retraite, ça fait plusieurs jeunes qui viennent voir, personne ne veut reprendre son cabinet…

Les médecins de Miniville : « Ça je comprends pas moi, trop de travail, ils ont que ce mot là à la bouche ! Hein, nous on était bien content quand il y avait du travail ! »

Les patients de Miniville : « Ça je comprends pas moi pourquoi les jeunes veulent pas venir chez nous, c’est sympa, ici ! On est gentils nous ! Ah ben oui ça c’est sûr ils préfèrent tous la Côte d’Azur ! »

Oui sauf que Miniville c’est 20 médecins généralistes actuellement (dont un bon nombre avec des patientèles imposantes comme celle du Dr Papy), et plus que 7 médecins dans cinq ans…  Pour la même population.

Certes si je viens ça fait 8.

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Vivement vendredi

C’est presque vendredi, donc presque le weekend,donc pour fêter ça, pas de médecine mais un superbe clip du groupe islandais Sigur Ros. ça ne date pas d’hier, c’est pas des plus joyeux, mais c’est beau…

 

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Perf de connaissance (mouarf mouarf)

Les urgences ont cette particularité contestable sur le plan médical mais avantageuse pour l’externe de base : on « pique » tout le monde, comprendre que pratiquement tout patient, qu’il vienne pour ongle incarné ou infarctus, a droit à sa perfusion… Donc occasion d’apprendre à perfuser. Je suis à temps plein, je suis interne dans 6 mois, je m’imagine déjà seule « y a-t-il un médecin dans l’avion? » à devoir soigner quelqu’un et avouer «  je sais paaaaas perfuser ». Donc je veux apprendre.

Et comme tout en médecine « watch once, do once » j’en ai posée une avec une gentille infirmière qui m’expliquait tout, et là je me débrouille, l’infirmière est quand même restée dans la chambre (devant ma tête de fille-hyper- sûre-d’elle probablement). La patiente m’a dit « qu’elle aimait pas ça ». Soit, me dis-je, moi non plus… Donc j’y vais… et voilà ma patiente qui pâlit pâlit, au point que la gentille infirmière restée dans la pièce, incline le brancard tête en bas pendant que je me démène avec ma perf, les tubes de prélèvement, le bouchon, l’aiguille, le tuyau, le champ stérile… et on va devoir lui passer un phi me dit l’infirmière, qui d’ailleurs le prépare, sauf que j’ai pas fini de remplir mes tubes de sang et l’aiguille menace de quitter la veine à chaque instant, donc là faut carrément que je me dépêche, et que je commence à avoir les oreilles qui sifflent et des sueurs et je sens le sang déserter mon visage. Et gérer deux malaises dans le box, l’infirmière va pas aimer….

Et ouf, je pers pas la veine, je finis mes prélèvements, j’attrape le tuyau, l’enlève le bouchon, je branche, je fais couler le phi. Le sang revient dans mon visage. Ouf. Je ne vais pas m’évanouir.

Je vais prendre la main de ma patiente la rassurer, lui expliquer la suite…  et me rassurer en même temps.

Je ne me suis pas évanouie.

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Conversions

«  – Le Doliprane vous m’en remettez, docteur, hein ? C’est bien ça sur les douleurs…

-          Oui vous en prenez combien ?

-          2 de 500 tous les matins.

-          Ok je l’ai remis mais vous préférez pas prendre un comprimé de un gramme ?

-          Ah non surtout pas le un c’est beaucoup moins fort je veux mon cinq cent comme ça j’en prend deux ça fait mille !

Super Prat, d’humeur didactique, intervient  « ben c’est pareil le 1 gramme et deux de 500 MI-LI-GRAMMES, Madame ! »

« Ah je veux pas le savoir, je veux mon 500 ! »

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Rehab

Voilà un mois que je n’ai pas été sur twitter. Même pas fait exprès. C’est même pas un test pour voir ma vie sans twitter.

Juste je suis retournée à l’hôpital. Qui a ses défauts, sa hiérarchie à respecter, ses visites interminables variçogènes (mes bas de contention sont ressortis du placard), ses visiteurs médicaux quotidiens, ses gardes aux urgences obligatoires… Mais il y a aussi des gens, une équipe, infirmières, aides-soignantes, ASH, secrétaires, parfois médecins ou autres internes, avec qui débriefer après une consult’ difficile, échanger des doutes sur le diagnostic ou la prise en charge, ou simplement prendre un café ou parler d’autre chose…

J’ai discuté avec plein de vrais gens. Je suis souvent moins d’accord avec eux qu’avec les médecins croisés sur twitter ou sur les blogs (ou je continue à aller, je peux pas décrocher de tout d’un coup!). Personne en stage pour émettre l’idée que les labos sont une perte de temps, même pris en flagrant délis de mensonge. Personne pour relever que c’est pas parce que le Grand-Chef a dit qu’il fait “toujours comme ça” que c’est la meilleure solution. Personne pour contredire le fait qu’”on lui laisse la perfusion, parce qu’on en est pas à 48h sans fièvre” (oui mais maintenant qu’on sait qu’il a de la fièvre à cause d’une ANGINE, on pourrait simplifier traitement, non?).

Mais le fait de parler semble suffire.

J’ai adoré mon stage de médecine générale. J’ai eu plein de propositions, de rempla, d’installation, de collaboration… parce que la démographie médicale, à Miniville, c’est pas la fête, on saute sur toutes les bonnes volonté prêtes à rester.

Mais je me rends compte rétrospectivement que ça m’avait manquer le travail d’équipe, la présence, l’échange.

Alors s’installer? Être toute seule face aux patients toute la journée? Je ne sais pas. J’aime les patients mais je ne sais pas.

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Le C.A.P.L.I.

Les urgences étant un stage notoirement pas très rigolo (voire par exemple ici), pour changer un souvenir pas trop horrible…

En stage aux urgences, j’ai développé un trouble du comportement alimentaire spécifique. Pas anorexique, pas boulimique. Basé sur le « on ne sait jamais », je l’ai baptisé CAPLI : Comportement Alimentaire Pathologique Lié à l’Incertitude.

Je me lève tôt. J’ai pas faim. Mais je mange parce qu’on ne sait jamais quand on aura le temps de déjeuner.

J’arrive en stage, quelqu’un a amené des croissants. J’ai pas faim (je viens de déjeuner). Mais on ne sait jamais quand on aura le temps de déjeuner. Je mange un croissant. Et un demi pain au chocolat.

Il n’y a pas trop de monde dans le service ce matin. 11heures 30. On va prendre un café. Les aides soignantes déjeunent. J’ai pas faim. Je déjeune pas. Mais je prends une petite compote pour les accompagner et puis on ne sait jamais si on va pas avoir un afflux de patients entre midi et deux.

14 heures. Déjeuner. Je mange parce que c’est l’heure. Mais pas beaucoup parce que c’est pas très bon et que je n’ai pas faim.

19 heures. Je prends 2 minutes de pause malgré les nombreux patients à voir parce que j’ai faim  et qu’on ne sait jamais quand on pourra diner avec tout ce monde. Pas le temps de tartiner. Pain trempé rapidos dans une mini barquette de confiture puis englouti.

2 heures du matin. Diner. Les boxes sont enfin vides. On va pouvoir « couper la nuit ». Repas léger  parce qu’à cette heure-ci je n’ai plus faim j’ai surtout envie d’aller dormir vite parce qu’on ne sait jamais quand on sera réveillé.

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